Exposition « Prisonniers », Hôtel de Ville, Reims mai 1944

Rédigé par Thomas Geffrelot

C’ est après la signature de l’ armistice en 1940 que le gouvernement de vichy, en accord avec l’ occupant, créa une association d’aide aux prisonniers déportés.
Cette association avait pour mission d’envoyer des colis aux prisonniers et de les réinsérer à leur retour de déportation. En échange, le prisonnier libéré s’engageait à porter assistance aux familles des camarades toujours détenus dans les nombreux stalags, oflags et camps de travaux forcés.
L’objectif du gouvernement de Vichy était de rassurer les déportés et de leur faire savoir que la France ne les avait pas oubliés. la Croix Rouge ainsi que de grandes enseignes apportaient également leur soutien.

C’est à l’Hôtel de Ville de Reims que se déroula du samedi 13 au samedi 27 mai 1944 une grande exposition appelée « Prisonniers » et qui présentait la vie des malheureux retenus dans les camps de travaux forcés.

L’exposition était organisée au bénéfice du « Livret du prisonniers », qui était réalisée par le musée des beaux-arts de Reims.

Couverture du programme de l'exposition réalisé par Adrien Sénéchal, peintre rémois - Guide de la visite de l'Exposition -

Couverture du programme de l’exposition réalisé par Adrien Sénéchal, peintre rémois – Guide de la visite de l’Exposition –

Cette expo, eu lieu 3 mois avant la libération de Reims le 30/08/1944 par les troupes du général Patton.

(Le texte en italique, vous permet de faire une visite guidée présente dans le programme de l’exposition. Il apporte également des précisions sur les œuvres exposées)

ob_66c8932168e310d79ee9246e96d26d18_goulet149« Le portail d’entrée concrétise dans l’ornementation qui l’encadre toute la portée artistique, intellectuelle et morale de cette Exposition : deux pilastres, torsadés de chaînes, et la maquette agrandie du Prisonnier, d’Adrien SENECHAL, forment le motif central. Une draperie aux couleurs nationales et quelques autres emblèmes achèvent l’harmonie de son ensemble.

A main gauche, le hall de dégagement qui fait suite produit une atmosphère de cordialité et d’accueil, où l’on sent battre déjà l’âme attentive du Prisonnier, toute prête à la joie et à l’émotion de notre visite. Un grand portrait du Maréchal, Chef de l’État, se dresse à l’extrémité, comme il se doit, car Pétain reste pour le Prisonnier le Vainqueur de Verdun et le Sauveur de la Patrie. Inutile de polémiquer; pour lui, c’est là une certitude, un apaisement et un espoir. »

« En bas de l’escalier qui conduit à l’Exposition, voici un panneau qui traduit parfaitement la pensée de tous les visiteurs : «Quand ils reviendront ». En haut se trouve une inscription qui, dans sa brièveté, rend aux Prisonniers la considération qui leur est due.

Et nous voici dans le salon de réception où se dresse une magnifique sculpture qui symbolise par des mains serrant la hampe d’un drapeau l’union de tous pour le salut commun.

Qui que tu sois, Passant, comprends cette leçon !

– C’est la première que le Rapatrier rapporte de la captivité ;

– Que ce soit pour chacun celle de cette Exposition ! »

4 – Le livre d’Or.

5 – Il faut les aider.

6 – Message des 19000 Prisonniers de la Marne.

« Entre les fresques décoratives n’hésitons pas à nous approcher de cette œuvre pour en mieux pénétrer le symbole puis franchissons les colonnes qui lui servent de fond. C’est là que sont groupées les Œuvres des Prisonniers rémois et de la région. Restons quelques instants à communiquer par l’âme, le cœur et la pensée, avec nos Concitoyens qui depuis bientôt cinq ans n’ont pas encore rejoint leur foyer et comprenons bien qu’il ne suffit pas de les plaindre mais qu’il faut les aider. »

11 – Le livret du Prisonnier.

« Amorçons le circuit sur notre gauche. Nous trouvons d’abord le stand du Livret du Prisonnier et son urne. Il fallait rappeler dès le début que le bénéfice de cette Exposition est au profit du Livret-Pécule du Prisonnier. Nous aurons sans doute tout à l’heure diverses occasions de dépenses, mais combien ce versement spontané et sans contre-partie sera plus français et plus digne d’Eux !… Grâce à votre geste de début, le plaisir de votre visite en sera centuplé.

Voici quelques tableaux et même quelques sujets prisonniers en cartes postales, qui sont poignants. Tous vous vous procurerez ces souvenirs mais n’oubliez pas de les affranchir et surtout d’y faire apposer notre timbre spécial de l’Exposition. Quelles aubaine pour les philatélistes.

Les journaux de camps forment une collection bien typique et qui éclaire le visiteur sur la véritable mentalité des Prisonniers.

Ils ont des présentations bien différentes. Les uns sont imprimés sur du beau papier, copieusement illustrés ; d’autres sont de modestes feuilles tirées à la Ronéo, voir simplement polygraphiées. Mais tous ont une caractéristique commune : leur haute tenue rédactionnelle e la diversité de leurs rubriques. »

18 - La vie collective dans un baraquement, reconstitution.

18 – La vie collective dans un baraquement, reconstitution.

Et nous voici face à la Carte géographique lumineuse des Camps de Prisonniers. C’est là une création qui fait le plus grand honneur à MM. Clauzier et Percy. Le premier, pour l’avoir agencée, et le second exécutée. Au-dessous, la maquette en relief d’un Camps de Prisonniers. Suivent quelques panneaux évoquant la vie intérieure du Prisonnier

« Nous arrivons à la baraque du camp reconstituée avec un scrupuleux souci de vérité, elle comporte même tous les aménagements qui témoignent à la fois de l’ingéniosité et de l’individualisme des « locataires ». Ceux-ci, un soir d’hiver ou de pluie, jouent aux cartes, écrivent, rêvent, font la cuisine, ravaudent leurs vêtements ou vaquent aux soins de propreté.

Qui pourra jamais traduire les sentiments du Prisonnier ? Dans son épreuve, il a médité et acquis le sens réel de la vie en société. Cette rude école du caractère a forgé des cœurs nouveaux. Les fresques très évocatrices, qui nous immobiliseront au cours de notre visite, traduisent d’une façon concrète cette évolution normale ; les sentiments de la solidarité, de l’amitié et parfois de la fraternité se sont développés en même temps que s’affirmait une conception élevée de la vie humaine. »

DEUXIEME SALLE : Vue générale de la seconde salle d'exposition. Le panneau indiqué par la flèche, donne la marche à suivre pour l'évacuation de l'exposition en cas d'alerte.

DEUXIEME SALLE : Vue générale de la seconde salle d’exposition. Le panneau indiqué par la flèche, donne la marche à suivre pour l’évacuation de l’exposition en cas d’alerte.

Sur le côté droit figurent, à côté du stand du colis, des graphiques, des statistiques, des gravures typiques exprimant sous forment originale l’activité déployée par toutes les Organisations ou Service de la « Maison du Prisonnier » et de l’extérieur, qui s’occupait des Prisonniers et de leurs familles. Ces tableaux sont éloquents et font aussitôt comprendre l’utilisation qui est faite des fonds recueillis partout inlassablement. Car tant que se prolongera leur captivité, nous leur devons une sollicitude.

Les informations était également présentes dans le livret de l’exposition, les voici : « RECOMMANDATIONS. – en cas d’alerte, les visiteurs sont priés de suivre nos chargés du service d’ordre qui conduiront aux abris. Dans ce cas, une contremarque sera délivrée à la sortie, pour la reprise de la visite.

Gardez ce programme numéroté ; il vous donne droit à une loterie gratuite qui sera tirée, aussitôt l’Exposition terminée. »

« En rentrant dans la seconde salle, nous resterons obligatoirement saisis d’admiration par le bas-relief qui s’impose aussitôt à nos yeux. Ils représentent l’Homme de Confiance, dont le rôle important et parfois délicat, se définit dans ce seul mot : « Servir ». Cette œuvre a été exécutée par un ancien prisonnier : Pascal Boureilles. L’Homme de Confiance, considéré par ses camarades comme un chef et souvent comme un confident, assume la liaison entre les autorités allemandes du camp et la masse des prisonniers. Il doit faire montre de beaucoup de doigté et de psychologie. »

« L’on est ensuite fasciné par des dioramas voisins, conçus de façon originale et véridique, représentant quelques aspects du travail du prisonnier en Allemagne. C’est le départ vers les lieux de travail, des scènes de la vie des kommandos industriels, agricoles, forestiers. »

30 – Groupe méditation du prisonnier.

31 – Notre-Dame des captifs.

32 – Sainte Jeanne d’Arc.

33 – Deux vitraux motifs artistiques de prisonniers.

« Et à la suite de divers panneaux qui se déploient des deux côtés de la salle, nous parvenons à une chapelle de kommando, reproduction de celle qu’ils ont montées avec des rondins ramassés ou coupés sur place, mais avec combien de confort et piété ! Un magnifique panneau décoratif, conçus en captivité par P.-P. Desrumeaux, Directeur de l’Ecole Beaux-Arts de Lille, se déploie en de l’autel, parachevant sous nos yeux la mystique religieuse qui rayonnent dans les camps. Une ravissante composition du R. P.Pruvost, inspirée de Murillo, et un tableau de Jeanne d’Arc, la prisonnière de Compiègne, font un cadre parfaitement choisit à ce lieu sacré, avec les deux vitraux dont la transparence évoque celle d’un coin de cathédrale. Là, comme à la présentation religieuse des protestants qui est voisine.

37 – La minute dominicale du Prisonnier.

38 – N’oubliez pas ceux qui ne reviendront pas !.

également la belle évocation, figure des textes appropriés des livres saints et des citations des représentants de l’un et l’autre culte.

« La vie intellectuelle dans les camps débuta par des séries de conférence faites par des prisonniers compétant sur les sujets les plus divers : le journalisme, le béton armé, les vitamines, les empoisonneuses du XVIIIe siècle, la météorologie, la géologie la zoologie, l’archéologie etc… Le temps aidant elles ont fini par prendre l’allure de cours réguliers, et ainsi, petit à petit, se constituèrent des Universités comprenant les quatre Faculté, faisant passer des examens et délivrant des diplômes. Les sports connaissent de là-bas une vogue bien légitime. Aussi le football, le basket-ball, l’athlétisme, en un mot tous les ébats qui permettent à la musculature de se maintenir et même de se fortifier sont en honneur. Au passage, admirons la splendeur, l’ingéniosité et le fini des costumes en papier fabriqués aux camps pour les représentations théâtrales. »

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44 – La captivité à travers les ages. 45 – La Potinière. 46 -Le Jazz du camp ,  » Les déchainés  » 47 – Œuvres de prisonniers. 48 – La Kantine… aux boyaux creux… de quoi satisfaire petits et grands… 51 – Œuvre de Prisonniers. 52 – Le théâtre du camp. Une troupe de premier ordre, pour vous dérider !!! .

Mais le jazz des Déchaînés – car les artistes qui le composent sont tous d’authentiques anciens prisonniers – nous empêche peut-être à ce moment même de prolonger nos réflexion. Si nous écoutions un moment sa musique des camps ? Voici le buffet-bar : asseyons-nous donc, c’est le moment de faire un geste généreux en se restaurant sans tickets, grâce à la générosité de la campagne qui les a fournis pour nous : garçons apportez ici sandwichs et tartines et aussi des demis et sodas !

Ceci fait, pourquoi ne pas nous intégrer, si vous le désirez dans la vie du Prisonnier en allant voir jouer un des sketches qui doivent être donnés dans le théâtre voisin de la cantine ? Traversons cette dernière, payons un petit droit de péage et entrons ! Mais il y a-t-il encore

place ?… Oui ! Quels moments émouvants nous allons passer ! Le théâtre fonctionne sous la direction du Groupe Artistique et Littéraire ; quelles référence meilleures pourrions-nous donner ?

En revenant vers la sortie, ne manquons pas de nous arrêter aux vitrines d’Exposition qui renferment de trésors venus des camps : objets artistiques pleins d’originalité et d’ingéniosité.

Nous vous avons pris par la main à votre arrivée, et notre périple prenant fin, nous nous permettons de vous la presser en toute cordialité respectueuse au moment de vous quitter.

Vous venez de faire une bonne œuvre, Madame, Mademoiselle, Monsieur. La « Maison du Prisonnier » de Reims vous remercie pour Eux qui sont encore là-bas en exil, dont vous venez d’accentuer si généreusement le sourire du retour.

Oui, Merci !… Mais n’allez-vous pas nous faire une nouvelle visite et nous envoyer des amis ?

Merci ! donc une dernière fois.

La « Maison du Prisonnier » remercie tous ceux qui l’on aidé à monter cette Exposition, et spécialement :

La Municipalité de Reims et les Services de l’Architecture,

  • M. Pierre BOUCTON,
  • M. CUISINIER,
  • M. SPAHICHT,
  • Les Transports H. WALBAUM,
  • La Maison PROT,
  • Les Vêtements GILLET-LAFFOND,
  • Les GALERIES REMOISES,
  • La BRASSERIE DU SICAMBRE,
  • Les BISCOTTERIES DE LA MARNE,

Les soixante-dix communes de l’arrondissement qui lui ont envoyé des tickets de pain pour le Buffet.

Les Syndicats de la Boulangerie, de la Pâtisserie, de la Biscuiterie et de la Charcuterie, ainsi que le Comité Interprofessionnel de Vins de Champagne.

 

 

 

 

 

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