La fontaine Subé #7 – La Grande Guerre et l’après-guerre

La guerre 1914-1918

Pendant la guerre de 1914-18, la fontaine subira quelques dégradations, les statues des « fleuves » perdront quelques morceaux de leur anatomie comme la Suippe qui y perd la tête et l’Aisne tandis que la Vesle disparaît en totalité. Cela n’empêchera pas notre fontaine de continuer à être après la cathédrale le sujet rémois le plus illustré par la carte postale.

Les restes de la place d’Erlon et la fontaine miraculeusement épargnée

L’après guerre

Le 18 mars 1932, un conseiller municipal, M. Lescuyer, interroge pour savoir si les réparations nécessaires sont envisagées : « Il apparaît comme tout à fait anormal aux étrangers que la statue « La Suippe » n’ait plus de tête..; » Très peu de temps après, le chroniqueur Enguerrand Homps évoque cette fontaine dans un libel-charge dont je ne résiste pas à vous offrir d’importants extraits :

« …Sans doute un confiseur présomptueux en a dessiné la colonne, ennoblie en thyrse au moyen d’un pampre qui l’enlace. A la pointe de la colonne se tient par miracle une boule, et, sur cette boule, une dame acrobate en équilibre instable réussit perpétuellement son tour de force. On prit soin d’ailleurs de lui coller aux omoplates, en guise de parachute, deux ailes dorées. Des personnages sans occupation bien définie se mêlent à des ouvriers de professions diverses mais gourds également, installés à mi-hauteur et qui manient de vains outils. Plus bas, quatre petites femmes, dédaigneuses du moindre atour, folâtrent, retirent un filet de pêche ou se lavent les pieds dans les vasques. Le sculpteur a combiné, contrarié leurs attitudes avec goût, un souffle vivant assouplit leurs membres de pierre, elles évoquent la grâce flexible des jeunes cours d’eau dont elles portent les noms mais toutes quatre sourient bien niaisement, du même sourire automatique propre aux vendeuses de bazar ».

« ..Quatorze ans après la dernière bataille, on a recueilli tous les blessés, enseveli tous les morts. Elles seules souffrent encore, privées de soin … Au centre de la place neuve, bien portante et solidement rebâtie, les nymphes estropiées provoquent moins la pitié que la dérision… »

« ..Nous eussions volontiers sacrifié en rançon d’un seul chapiteau de la cathédrale toute la pièce montée saugrenue, tout le nougat pour noce villageoise qu’on appelle la fontaine Subé. Et si un trois cent cinq de plein fouet avait décollé de sa boule la dame équilibriste, peu de gens eussent versé des larmes…. »

La reconstruction de la place

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