La fontaine Subé #3

Le legs d’Auguste Subé

Le 11 Août 1900, en séance du conseil municipal, le maire Charles Arnould informe ses collègues de l’important legs fait à la ville par un enfant du pays, le négociant en tissus Auguste Subé né à Reims le 12 septembre 1807 et décédé à Saint Germain en Laye le 17 juin 1899. Il laisse en effet la somme conséquente de 540 000 francs-or dont 200 000 sont destinés à l’érection d’une fontaine monumentale. L’acte testamentaire date du 21 septembre 1893.

Quel lieu ?

Une commission est alors chargée d’étudier le choix du meilleur emplacement. La première proposition est pour le square Colbert : la statue de ce dernier irait sur la place Royale remplacer Louis XV que le maire veut reléguer au Musée. Un deuxième site est envisagé au square de la Mission. Il nécessiterait le déplacement de la fontaine Bartholdi qui a alors moins de vingt ans. Cette idée est donc finalement abandonnée…
… Une troisième solution est envisagée sur l’Esplanade Cérès qui attendra finalement elle aussi la reconstruction des années vingt pour avoir son monument, le Monument aux Infirmières, un dernier emplacement « officiel » étant proposé Boulevard Gerbert.

Le vote des lecteurs du journal local

En même temps, un journal local demande à ses lecteurs de plébisciter le choix d’un emplacement : diverses suggestions sont faites : Place Saint Maurice, Place Saint Remi, place Clovis, boulevard Victor Hugo, Basses Promenades dans l’axe de la rue Jeanne d’Arc.

Le 1er juillet 1902, le choix du conseil municipal se porte sur la place Drouet d’Erlon. Cela va entraîner le déplacement du maréchal éponyme qui est limogé pour une garnison plus champêtre, à l’époque, le square Jantzy. En effet il semble que les trois monuments importants qui se trouveraient sur le même axe : Colbert, Drouet d’Erlon et cette nouvelle fontaine se gêneraient mutuellement. La fontaine ayant trouvé son « nid », il s’agit dès lors le lui trouver une forme et un créateur.

Le concours

Un concours à deux degrés est organisé. Le programme de la première phase indique aux concurrents que le choix du sujet peut être tiré :

  • A : De faits tirés de l’histoire de Reims
  • B : D’allégories sur les industries locales
  • C : D’une idée philosophique comme la glorification du travail, les propriétés de l’eau source de vie ou toute autre idée générale
  • D : Enfin créer un monument d’une architecture propre à orner le point de la ville où il sera élevé.

Il est demandé aux concurrents des plans, élévations et éventuellement une maquette au 1/20°. Une somme de 25 000 F prise sur le legs Subé est destinée à l’organisation du concours : primes aux meilleurs projets….

Les matériaux peuvent être : le granit, les pierres dures ou marbres résistants et le bronze.

Un autre article du règlement est tout à fait intéressant, il concerne le problème de l’eau :

« La ville de Reims est alimentée par des sources dont le rendement est limité. Les concurrents devront tenir grand compte de cette circonstance qui ne permet pas d’effets de jets d’eau exigeant une grande consommation. Leurs effets se porteront de préférence sur les effets décoratifs du monument lui-même »

Dès le 23 octobre 1902 les concurrents commencent à envoyer leurs projets. Si l’essentiel des équipes vient de Paris, il y a également 13 équipes rémoises parmi les soixante-quinze premiers envois arrivés à la date du 13 janvier 1903, trois projets italiens dont un florentin, soixante ans avant le jumelage, et six provinciaux. Si les architectes dominent, il y a également des sculpteurs et parmi les rémois des candidats plus fantaisistes : un inspecteur de salubrité, un régisseur des casinos, un conseiller municipal… Parmi les personnalités participant au concours on peut noter l’architecte Charles Lemaresquier qui vient de construire la gare d’Orsay à Paris, Bernard Haubold, qui sera l’architecte en chef des Monuments Historiques du département de la Marne après 1918, Octave Gélin, l’architecte départemental qui construit alors une série d’hôtels particuliers de style 1900 à Châlons. Figure également le jeune Emile Maigrot, il a alors 22 ans, et est élève de Paulin à l’École des Beaux-Arts à Paris. Il sera l’un des architectes important de la reconstruction et notamment l’auteur des halles du Boulingrin.

(extrait de l’article d’Olivier Rigaud, paru dans le bulletin d’Amicarte 51 en juin 1995)

Différentes propositions :

Le 12 février 1903, après dix jours de présentation publique des 87 projets reçus en définitive, le jury composé du docteur Pozzi, adjoint au maire, de deux conseillers municipaux le Dr Langlet et Knoëri, de trois sculpteurs: Boisseau, Coutan et René de Saint Marceaux, de quatre architectes : Brunette, Margotin, Poupinel et Wallon choisissent les quatre projets qui participeront à la deuxième phase du concours…
…Les équipes retenues seront :

  • Deperthes (arch) et Roussel (sculpt)
  • Godefroy (arch) et Peynot (sculpt)
  • Edouard Larché (arch) et Raoul Larché ( sculpt)
  • Narjoux (arch) sans sculpteur

Les projets primés non retenus pour la deuxième phase sont ceux d’Ernest Dubois sculpteur qui obtient le 5° prix et des équipes Adrien Rey (arch), Michel et Auban (sculpt) 6° prix, Vic¬torien Tournier (sculpt ) et Bessin (arch) 7° prix.

Quelques projets

Article d’Olivier Rigaud publié dans le bulletin d’Amicarte 51 d’août 1995

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